Texte intégral
Mes chers confrères,
On me demande parfois ce qu'un physicien fait à l'Académie française. La question me semble mal posée.
La science et la langue partagent le même goût de la précision exacte. En physique quantique, un mot mal choisi peut entraîner une erreur de raisonnement de plusieurs décennies — comme l'ont montré les débats sur l'interprétation de la mécanique quantique entre Einstein et Bohr.
Lorsque Einstein parlait de « variables cachées » pour désigner les causes locales qu'il supposait sous-jacentes aux phénomènes quantiques, et que Bohr lui répondait avec une précision insuffisante, ce n'était pas seulement un désaccord philosophique. C'était aussi un problème de langage.
Mes expériences, dans les années 1980, ont permis de clore ce débat expérimentalement : il n'existe pas de variables cachées locales. La réalité est non-locale. Mais pour dire cela clairement, il a fallu trouver les mots exacts.
La langue, comme la physique, exige que l'on nomme les choses avec rigueur. C'est pourquoi je suis heureux et fier de siéger parmi vous.

