L’élection
Devenir immortel
Comment entre-t-on à l’Académie française ? Les six étapes d’un processus unique dans les institutions françaises, de la vacance du fauteuil à la réception sous la Coupole.
Qu’est-ce qu’un immortel ?
L’Académie française compte quarante membres, appelés « les Immortels » — non par prétention à l’éternité personnelle, mais parce que la devise de l’institution est À l’immortalité : il s’agit de l’immortalité de la langue française.
Ce nombre de quarante, voulu par Richelieu, est immuable depuis 1635. Quand un fauteuil devient vacant par le décès de son occupant, il faut le pourvoir.
Les membres siègent à vie, sans limite d’âge. Certains ont siégé plus de cinquante ans.
La procédure
Les six étapes de l’élection
La vacance du fauteuil
Tout commence par la mort d'un académicien en exercice (ou, plus rarement, sa démission — cas exceptionnel dans l'histoire). Le fauteuil devient « vacant ». L'Académie ne peut désigner de successeur qu'après un délai de quarante jours à compter du décès, délai d'attente voulu par les premiers statuts pour respecter le deuil.
La candidature
Tout candidat doit adresser une lettre de candidature manuscrite au Secrétaire perpétuel — manuscrite, non tapée : un détail symbolique qui dit beaucoup sur l'attachement de l'Académie à la culture de l'écrit. La lettre exprime le souhait de siéger dans l'institution et fait état des titres littéraires ou scientifiques du candidat.
Les visites
Le candidat est tenu de rendre visite à chacun des quarante académiciens en exercice — c'est la tradition des « visites ». Ces visites, parfois longues, donnent lieu à des entretiens où l'on juge le candidat sur sa personnalité, ses oeuvres, sa conception de la langue et sa vision de l'institution.
L'élection
L'élection a lieu lors d'une séance ordinaire, au scrutin secret. Pour être élu, le candidat doit obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés. Si aucun candidat ne l'obtient au premier tour, des tours suivants sont organisés.
L'agrément du chef de l'État
En vertu de la tradition héritée de l'Ancien Régime, l'élection d'un académicien est soumise à l'agrément du président de la République. C'est une formalité dans les faits — jamais de refus depuis 1635 — mais elle témoigne du lien historique entre l'Académie et l'État.
La réception sous la Coupole
Le nouvel élu est reçu lors d'une séance solennelle sous la Coupole, quelques mois après son élection. Il prononce un discours de réception dans lequel il fait l'éloge de son prédécesseur au fauteuil, un académicien lui répond au nom de la Compagnie, il reçoit l'épée et l'habit vert brodé d'oliviers.
Conditions d’éligibilité
Qui peut se présenter ?
Le règlement de l’Académie est remarquablement ouvert : ni nationalité française, ni diplôme, ni appartenance à une profession spécifique ne sont requis.
Nationalité
Il n'y en a pas. Les étrangers peuvent siéger à l'Académie française : Mario Vargas Llosa (péruvien), Amin Maalouf (franco-libanais), Vassilis Alexakis (grec) en sont des exemples récents.
Âge
Aucun âge minimum ni maximum. Le plus jeune élu de l'histoire moderne a été reçu à 29 ans ; certains académiciens ont été élus octogénaires.
Sexe
Les femmes ont accès à l'Académie depuis l'élection de Marguerite Yourcenar en 1980. Elles sont aujourd'hui une dizaine de membres en exercice.
Titres requis
Aucun titre académique ou universitaire n'est requis. L'Académie juge sur l'oeuvre et sur la personnalité. Des scientifiques, des juristes, des militaires y ont siégé aux côtés d'écrivains.
L’Académie en chiffres
40
fauteuils
700+
immortels depuis 1635
1980
1re femme élue
Jeudi
séance hebdomadaire


