Réception

Discours de réception de Florian Zeller

Florian Zeller

Le théâtre est l'art de rendre visible ce qui, en nous, demeure tu.

Texte intégral

Messieurs, Mesdames,

Il est des honneurs qui dépassent celui qui les reçoit. Celui-ci m'oblige, me dépasse, et je le reçois avec une humilité qui n'est pas feinte.

Frédéric Vitoux, à qui je succède en ce fauteuil, a passé une vie entière à scruter l'œuvre d'un homme que la langue habitait comme une fièvre : Louis-Ferdinand Céline. Biographe de référence, il a su garder la distance exacte — ni hagiographie ni réquisitoire — pour saisir ce génie traversé d'ombre.

Je me souviens du premier soir où j'ai vu une de mes pièces jouée sur scène. Il y avait dans la salle quelque chose que je n'avais pas écrit — une présence, une respiration collective, une vérité que la page seule ne peut porter. Le théâtre est l'art de rendre visible ce qui, en nous, demeure tu.

Cette idée m'a guidé depuis lors. Écrire pour le théâtre, c'est accepter que les mots ne soient pas des fins mais des passages — des portes que d'autres corps, d'autres voix, d'autres esprits traverseront pour rejoindre quelque chose d'intime et d'universel en même temps.

L'Académie française a pour vocation de veiller sur la langue. Cette langue dont nous sommes tous les héritiers et les passeurs. J'espère contribuer, modestement, à ce travail de transmission.

Messieurs, Mesdames, je vous remercie de m'accueillir parmi vous.

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